L'anxiété des premiers jours
Le produit calmait quelque chose. Quand il s'en va, ce quelque chose revient d'un coup, plus fort qu'avant. C'est normal, c'est temporaire, et c'est le passage obligé.
Il y a une phrase que les gens qui arrêtent disent souvent, avec une sorte d'étonnement : « Je ne savais pas que j'étais aussi anxieux. » Ils découvrent, produit en moins, une inquiétude de fond qu'ils ne connaissaient pas, ou qu'ils avaient oubliée. Elle est là au réveil, elle accompagne la journée, elle grimpe le soir.
La première réaction est de penser que c'est nouveau. Ce n'est presque jamais le cas.
Ce que le produit masquait
La plupart des consommations régulières agissent, entre autres, comme un calmant. Pas toujours par choix : on n'a pas forcément commencé pour ça. Mais avec le temps, le corps a délégué au produit une partie de sa régulation. Quand on arrête, cette régulation n'est plus assurée, et le corps n'a pas encore repris le relais. Entre les deux, l'anxiété circule librement.
À cela s'ajoute un effet de rebond, bien décrit dans les documents de l'Inserm sur les sevrages : le système nerveux, habitué à être freiné, se retrouve sans frein et tourne trop vite pendant quelques semaines. Cœur rapide, mains moites, sensation d'alerte permanente. Ce n'est pas une anxiété psychologique au sens strict, c'est une anxiété de réglage.
Le piège de l'interprétation
L'anxiété, en soi, est supportable. Ce qui la rend dangereuse, c'est ce qu'on en déduit. « Je ne suis pas fait pour vivre sans. » « C'était mieux avant. » « Je vais craquer. » Ces phrases transforment un symptôme passager en une raison de reprendre. Elles arrivent surtout le soir et la nuit, quand la fatigue les rend crédibles.
Il est utile de les avoir vues venir. On peut se dire, à l'avance : « Pendant trois ou quatre semaines, je vais être plus anxieux que d'habitude, et je vais avoir des pensées qui me poussent à reprendre. C'est le programme. » Quand elles arrivent, elles surprennent moins.
Ce qui aide à traverser
Bouger, d'abord. La marche est ce qui fait le plus baisser une anxiété de réglage, parce qu'elle donne à l'énergie nerveuse une sortie. Régulariser les journées ensuite : heures fixes, repas fixes, lumière du matin. Et réduire ce qui excite, café compris, au moins les premières semaines.
Il existe des approches simples pour ne pas laisser un stress passager devenir un stress installé, et le sevrage est justement le moment de les mettre en place.
Mais il y a une limite. Une anxiété qui empêche de manger, de sortir, de dormir plusieurs nuits d'affilée, ou qui s'accompagne d'idées noires, n'est plus une anxiété de réglage. C'est une situation qui se traite, et vite. On appelle son médecin, ou l'une des lignes d'écoute. Le sevrage n'est pas une épreuve qu'il faut passer seul pour qu'elle compte.
- Consultez votre médecin traitant, il connaît votre situation.
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