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Dans la tête · 06

L'envie qui revient le soir

Une envie ressemble à une vague. Elle donne l'impression qu'elle va monter sans fin. Elle ne le fait jamais.

Ceux qui ont arrêté décrivent tous la même chose : l'envie ne prévient pas. Elle arrive au milieu d'une conversation, devant une vitrine, à la sortie du travail. Ou, plus souvent, le soir, à l'heure de l'ancien geste. Elle occupe tout l'espace mental. Elle a une certitude : « Là, maintenant, il me le faut. »

Le secret, si c'en est un, c'est que l'envie a une forme. Et cette forme est connue.

La courbe

Les professionnels de l'addictologie décrivent l'envie comme une courbe : une montée assez rapide, un plateau, puis une descente. La montée dure quelques minutes. Le plateau peut durer dix, quinze, parfois vingt minutes. Puis ça redescend, que l'on ait consommé ou non. C'est le point capital : l'envie ne dure pas parce qu'on ne lui a pas cédé. Elle dure ce qu'elle dure, puis elle s'éteint d'elle-même.

Ce que la consommation faisait, c'était couper la courbe à la montée. On n'avait jamais vu la descente. On ne savait pas qu'elle existait. Les premières fois où l'on traverse une envie entière sans y répondre, on découvre quelque chose : au bout d'un quart d'heure, elle est partie.

Laisser passer, pas combattre

Lutter contre une envie, la raisonner, la chasser, c'est souvent la nourrir. Ce qui fonctionne mieux, d'après les accompagnants et d'après les gens eux-mêmes, c'est de la regarder passer. La nommer : « C'est une envie. Elle monte. Elle va redescendre. » Puis faire autre chose pendant qu'elle fait son chemin. Marcher jusqu'au bout de la rue. Boire un grand verre d'eau. Appeler quelqu'un. Vingt minutes, et on regarde derrière soi.

Certains programmes appellent ça « surfer » l'envie. L'image est juste : on ne lutte pas contre la vague, on la laisse passer sous soi.

Le soir, l'envie a un allié

Pourquoi le soir ? Parce que la fatigue baisse les défenses, parce que le créneau de l'ancien geste est libre, parce que la solitude et l'ennui laissent la place. C'est pour ça que reconstruire un soir, avec une séquence de gestes qui occupe le créneau, fait autant baisser la fréquence des envies. On ne supprime pas la vague, on lui enlève la plage.

Et quand une envie est trop forte, quand elle ne redescend pas, quand elle revient dix fois dans la soirée, ce n'est pas un échec : c'est un signal. Il existe des accompagnements, des lignes d'écoute ouvertes le soir justement pour ça, et des professionnels qui ont vu passer des milliers d'envies. Appeler Drogues Info Service à vingt-trois heures, c'est exactement à quoi ça sert.

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