Les rêves étranges du sevrage
On rêve qu'on a repris. On se réveille avec la culpabilité, puis le soulagement. Presque tout le monde passe par là, et presque personne n'en parle.
Il y a un rêve que font, à un moment ou un autre, la plupart des gens qui ont arrêté. Dans ce rêve, on consomme. C'est très net, très réel. On sent le goût, le geste, parfois le plaisir, parfois la panique. Et puis on se réveille, et pendant quelques secondes on ne sait plus si c'est arrivé ou non.
Ce rêve a un nom dans la littérature clinique : le rêve de consommation. Il est si fréquent que les centres d'accompagnement le mentionnent souvent dès les premiers entretiens, justement pour que les gens ne s'en effraient pas.
Pourquoi les rêves changent
Beaucoup de produits réduisent la durée du sommeil paradoxal, la phase où l'on rêve le plus. Quand on arrête, le cerveau récupère ce temps perdu, parfois avec excès : c'est ce qu'on appelle le rebond. Les rêves deviennent plus longs, plus intenses, plus mémorables. On en garde le souvenir au réveil, ce qui n'arrivait plus depuis longtemps.
À cela s'ajoute le contenu. L'esprit rejoue ce qui l'a occupé pendant des mois. Il classe, il trie, il met à distance. Rêver du produit, ce n'est pas le désirer : c'est le cerveau qui range.
Ce qu'il ne faut pas en conclure
Un rêve de consommation n'est pas un signe qu'on va rechuter. Les accompagnants sont formels là-dessus, et les témoignages recueillis par Drogues Info Service le confirment : ces rêves sont fréquents chez des personnes qui tiennent depuis des années. Certains les décrivent même comme une forme de vaccin : on a « repris » en rêve, on s'est réveillé avec le dégoût ou la peur, et la journée qui suit est plus solide.
Le vrai risque n'est pas le rêve, c'est l'interprétation qu'on en fait. Se dire « mon corps le réclame » ou « je n'ai pas vraiment arrêté puisque j'en rêve » est une pente. Il vaut mieux se dire, plus simplement : mon cerveau fait son travail de nuit.
Les cauchemars et le reste
Parfois, ce ne sont pas des rêves de consommation, mais des cauchemars ordinaires, plus violents que d'habitude, ou des rêves si vivants qu'on se réveille épuisé. C'est la même mécanique de rebond. Elle se calme en général en quelques semaines, à mesure que le sommeil retrouve son architecture.
Si les cauchemars persistent, s'ils empêchent de dormir ou s'ils réveillent des souvenirs difficiles, c'est une chose à dire à un professionnel. Il existe des prises en charge spécifiques, et le fait d'être en sevrage ne les empêche pas, au contraire.
- Consultez votre médecin traitant, il connaît votre situation.
- Les centres d'accompagnement (CSAPA) reçoivent gratuitement et sans condition.
- La Fédération Addiction recense les professionnels près de chez vous.
- Drogues Info Service répond au 0 800 23 13 13, anonymement.