Réveillé à trois heures, encore
Il y a une heure, entre deux et quatre du matin, où les gens qui viennent d'arrêter se retrouvent tous éveillés, sans savoir qu'ils sont des milliers.
Le scénario est toujours le même. On s'endort, parfois vite, parfois après une heure de retournements. Et puis, au milieu de la nuit, on ouvre les yeux. Pas doucement : d'un coup, le cœur un peu rapide, l'esprit déjà en marche. Le réveil indique deux heures quarante, ou trois heures dix. Et on sait qu'on ne se rendormira pas avant longtemps.
Ce réveil-là a une explication, et elle n'a rien de mystérieux.
Le creux de la nuit
Le sommeil n'est pas un bloc. Il avance par cycles d'environ une heure et demie, et entre chaque cycle, on remonte brièvement vers la surface. En temps normal, on ne s'en souvient pas. Mais quand le corps est en réorganisation, ces micro-réveils deviennent de vrais réveils. Et le cycle qui se termine vers trois heures est celui où le sommeil profond a déjà fait l'essentiel de son travail : on est plus léger, plus facile à tirer vers l'éveil.
Ajoutez à cela un organisme qui, pendant des mois, recevait à cette heure-là les derniers effets d'un produit consommé le soir, et qui maintenant ne reçoit rien. Il réagit comme à un manque, parce que c'en est un. Ça passe. Mais ça passe par là.
Pourquoi lutter ne sert à rien
L'erreur classique, c'est de rester dans le lit à vouloir dormir. Plus on veut, moins ça vient. Le lit devient le lieu où l'on s'énerve, et le cerveau l'enregistre. Les personnes qui accompagnent les sevrages donnent souvent le même conseil : si on n'est pas rendormi au bout de vingt ou trente minutes, on se lève. On va dans une autre pièce, lumière basse, on lit quelque chose de calme, on revient quand les paupières tombent.
Ça paraît contre-intuitif. Ça marche, parce que ça brise l'association entre le lit et la lutte.
Ce que l'on fait de ce temps
Trois heures du matin est une heure où tout paraît pire. Les regrets, les inquiétudes, le doute sur la décision qu'on a prise. C'est un effet de l'heure, pas une lucidité soudaine. Il vaut mieux le savoir avant, pour ne pas prendre au sérieux ce que la nuit raconte.
Certains gardent un carnet à côté du lit et y déposent ce qui tourne, pour le relire le matin, quand ça a généralement rétréci. D'autres respirent lentement, en comptant, jusqu'à ce que le corps se relâche. Il n'y a pas de bonne méthode, seulement celle qu'on tient.
Et si les réveils s'accompagnent de sueurs importantes, de tremblements ou d'une angoisse qui ne redescend pas, on n'attend pas : on appelle, on consulte. Certains sevrages demandent un suivi, et ce n'est pas un échec de le demander.
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